Théologie naturelle
John Davidson (6 août 1878 – 10 février 1970)
John Davidson est un botaniste qui rendit populaire l’étude de la nature en offrant au public des exposés illustrés. Il est le père de la Vancouver Natural History Society ainsi que de l’Herbier et du Jardin botanique de l’Université de la Colombie-Britannique. Ses travaux axés sur la conservation lui valent aujourd’hui d’être considéré par beaucoup comme un héros du mouvement environnementaliste.
Religion, théologie naturelle et histoire naturelle
John Davidson croit dans la théologie naturelle et il y fait référence dans ses écrits. Pour les théologiens naturels, seul un Dieu a pu concevoir un monde où les différentes parties de la nature s’imbriquent si parfaitement. Selon eux, l’observation de la nature est plus fertile que la lecture de la Bible pour mettre à jour l’évidence de Dieu. Les naturalistes religieux se donnent ainsi pour mission de collecter, d’écrire et de classer les objets naturels pour mieux comprendre les desseins de Dieu. Davidson souscrit à cette approche et pense que la Bible et le Grand livre de la nature étant du même auteur, il suffit de lire l’un des deux pour comprendre les intentions de Dieu à l’égard du monde.
La pratique du naturalisme amateur, qui encourage aussi bien les bonnes mœurs que les activités utiles, devient d’abord populaire au Royaume-Uni avant d’arriver au Canada. La théologie naturelle, selon un grand nombre, favorise chez les hommes l’émergence d’un meilleur comportement et d’une foi plus forte en Dieu. La capacité qui a été donnée aux hommes d’étudier le monde les place au-dessus de la nature. Lorsqu’ils identifient et classent leurs spécimens, les naturalistes s’efforcent de trouver « des motifs de similarité et d’interdépendance susceptibles de révéler les lois de base de la nature ».
Dans l’Europe du dix-neuvième siècle, deux ouvrages viennent changer la vision communément acceptée du Monde : Principles of Geology (1830–1833), de Charles Lyell et The Origin of Species by Means of Natural Selection (1859), de Charles Darwin. Bien qu’il ait fallu des dizaines d’années pour que la portée religieuse de ces livres ne devienne perceptible aux amateurs, ces deux ouvrages ont un impact considérable immédiat sur les scientifiques professionnels.
Dans ses trois volumes, Lyell souligne l’idée de changements constants et répétés au niveau de l’environnement tandis que Darwin suggère que les espèces évoluent en fonction de ces changements. Plus tard, à la lecture de Man and Nature (1864), de l’Américain George Perkins Marsh, Lyell comprend qu’il se trompait lorsqu’il affirmait, dans une lettre adressée à Marsh, que l’effet de l’homme sur la nature ne peut « surpasser celui exercé par les animaux primitifs ». Le lien entre Dieu, la nature et les êtres humains devient soudain le sujet d’un débat ouvert.
Une vision du monde en pleine évolution
Dans sa vision du Monde, John Davidson inclut toutes ces idées. Il ne croit pas à une « Création unique », qui impliquerait que la Nature n’a pas changé depuis l’origine des temps. Davidson est un créationniste mais il reste convaincu que les espèces sont capables d’évoluer. Il embrasse aussi les changements causés par l’homme comme faisant partie de l’évolution globale de l’environnement. Il pense cependant que les humains peuvent infliger de graves maux à la nature, et même provoquer la disparition d’une espèce.
Davidson était animé d’une conviction à la fois religieuse et scientifique et il ne faisait pas la distinction entre les deux aspects :
Dieu se révèle magnifiquement, depuis des années, aux hommes de science qui cherchent la vérité en « examinant toute chose et en retenant ce qui est bon »; l’harmonie révélée par l’astronomie, la géologie et la biologie est bien plus grande et témoigne d’un objectif commun bien plus exalté que ce que proposent nos soi-disant églises chrétiennes.
Combinant à l’excès la vision religieuse et l’entreprise scientifique, il va même jusqu’à déclarer : « La prochaine fois que vous lirez le récit du voyage de Moïse, imaginez-le comme un grand géologue en plein travail. »
Grâce à leurs activités de collecte, les naturalistes nord-américains sont en mesure d’apprécier le rôle joué par les immigrants dans le bouleversement de l’environnement du pays qu’ils viennent d’adopter. C’est la combinaison de sa passion pour la collecte botanique et de ses convictions religieuses qui motive Davidson à s’engager politiquement pour freiner les changements environnementaux provoqués par l’homme, ces modifications qui allaient selon lui à l’encontre de la volonté de Dieu.
Autant passionné par l’église qu’il l’est pour la botanique, Davidson met sur pied la Ruth Morton Memorial Baptist Church à son arrivée à Vancouver. Plus tard, lorsqu’il déménage de la maison qu’il louait au coin de la 29e avenue et de la rue Fraser pour s’installer dans sa nouvelle maison sur la 42e avenue, dans Kerrisdale, il contribue au démarrage d’une seconde église, la Kerrisdale Baptist Church. Davidson connaît très bien le Nouveau Testament et en discute souvent avec ses collègues naturalistes tels que C.F. Connor.
Peu de naturalistes amateurs de la Vancouver Natural History Society sont aussi religieux que Davidson. Celui-ci insiste pourtant pour que dimanche reste un jour de repos dans ses camps.
