Barrières sociales
En Colombie-Britannique, comme partout ailleurs, différentes ethnies façonnent la société. La force des divisions raciales qui marquèrent le passé pourrait surprendre aujourd’hui bon nombre de Britanno-Colombiens.
Les immigrants qui établissent les premières colonies dans la province dépouillent les peuples des Premières nations de nombreux droits, en leur interdisant notamment l’accès aux terres et aux ressources qui sont leurs depuis des milliers d’années. Ces immigrants ne viennent cependant pas tous d’Europe. Les colons européens présents en Colombie-Britannique introduisent de nombreuses restrictions sociales, juridiques et économiques pour tenter de limiter le nombre d’immigrants d’origines ethniques différentes.
Les premiers immigrants chinois arrivent en Colombie-Britannique à bord d’un navire britannique spécialisé dans la traite des fourrures en 1788. En tant qu’artisans, ils sont chargés d’aider à la construction d’un poste de traite à Yukuot, sur l’île de Vancouver. Dans les années qui suivent, des milliers de personnes émigrent de Chine vers la Colombie-Britannique. La province limite alors leurs droits de plusieurs façons, allant même jusqu’à leur imposer une taxe d’entrée de 50 $ par personne en 1885. Cette taxe est relevée plusieurs fois pour atteindre 500 $ en 1923, date à laquelle elle est remplacée par la fermeture complète du pays aux Chinois. Cette interdiction perdure jusqu’en 1947. En 2006, le premier ministre Stephen Harper présente ses excuses pour cette taxe et cette interdiction qu’il qualifie de « graves injustices ».
Les premiers immigrants de l'Asie du Sud arrivent en Colombie-Britannique en 1903 pour travailler dans les scieries et en tant que manœuvres. Ironiquement, la taxe d'entrée imposée aux immigrants chinois crée du travail pour les gens venus d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh et du Sri Lanka. Le gouvernement provincial perçoit comme une menace cette population d’Asie du Sud en pleine croissance et refuse le droit de vote à ces nouveaux arrivants.
Les comportements anti-immigration se font de plus en plus durs et mènent finalement à l’incident du Komagata Maru. Cette année-là, en 1914, les responsables du gouvernement refusent de laisser 376 émigrants sikhs de l’Inde britannique (donc eux aussi des sujets britanniques) débarquer au Canada. Après deux mois à bord du Komagata Maru ancré dans l’inlet Burrard, ces voyageurs qui étaient partis plein d’espoirs doivent repartir pour l’Asie.
En 1877, un marin nommé Manzo Nagano devient le premier Japonais à arriver en Colombie-Britannique après s’être abstenu de rejoindre son bâtiment, à quai à New Westminster. D’autres le suivront en 1891 pour aller travailler dans les mines de charbon de Cumberland, sur l’île de Vancouver. En 1895, les immigrants japonais se voient eux aussi refuser le droit de vote. En 1907, alors qu’une émeute dans les quartiers chinois et japonais de Vancouver vient d’être déclenchée par l’Asiatic Exclusion League (un groupe dont l’objectif était d’empêcher l’immigration en provenance d’Asie de l’Est), le Japon accepte de restreindre son flux d’émigrés vers la Colombie-Britannique.
Les sentiments anti-japonais qui se renforcent pendant la Seconde Guerre mondiale entraînent la déportation de près de 22 000 Canadiens d’origine japonaise qui vivaient sur la côte. La plupart sont envoyés dans des camps d'internement situés dans l’intérieur de la province mais d’autres finirent dans des camps et des fermes de l’Alberta, du Manitoba et de l’Ontario. Après la guerre, les immigrants japonais se voient offrir deux options : soit ils déménagent au Japon, où la plupart d’entre eux n’ont jamais mis les pieds, soit ils s’installent à l’est des Rocheuses.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Davidson correspond avec un membre japonais de la Vancouver Natural History Society, Sunao « Steve » Shigematsu. Le gouvernement a saisi la maison de Shigematsu et a envoyé celui-ci dans l’intérieur de la province.
Grâce à sa correspondance, Davidson parvient à organiser l’entreposage de la collection de papillons de Shigematsu dans la salle radio de sa maison, à Kerrisdale, jusqu’au retour de Shigematsu (avant la guerre, Davidson et son fils avaient utilisé la salle radio pour leur radio amateur). Ces lettres très explicites montrent comment certains événements historiques majeurs se sont répercutés sur la vie personnelle des gens.
En 1986, le premier ministre Brian Mulroney s’est excusé de ce mauvais traitement au nom de tous les Canadiens.
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Davantage de lecture
David Brownstein (2006). Sunday Walks and Seed Traps: The Many Natural Histories of British Columbia Forest Conservation, 1890–1925, unpublished PhD Thesis, Institute for Resources, Environment and Sustainability, University of British Columbia, Vancouver.
Cole Harris (1997). The Resettlement of British Columbia: Essays on Colonialism and Geographical Change, UBC Press, Vancouver.
James Morton (1977). In The Sea of Sterile Mountains: The Chinese in British Columbia.
Norman Buchignani, Doreen M. Indra and Ram Srivastiva (1985). A Social History of South Asians in Canada, McLelland and Stewart Ltd, Toronto.
Ken Adachi (1991). The Enemy That Never Was: A History of the Japanese Canadians, McClelland & Stewart, Toronto.
Michael Graeme Campbell (1977). The Sikhs of Vancouver: A Case Study in Minority–Host Relations, unpublished MA thesis, Dept of Political Science, University of British Columbia, Vancouver.
