Les travaux de Davidson
Les échantillons préservés dans un herbier sont pressés à plat sur des feuilles de papier puis séchés. Les autres musées préservent leurs échantillons dans des bocaux remplis d’alcool. Ces collections en bocaux permettent de préserver les plantes qui ont des fleurs ou des fruits charnus et qui sont donc difficiles à introduire dans un herbier. Les plantes préservées de cette façon conservent un aspect plus naturel, en trois dimensions.
Au Collège Marischal, des chercheurs constatent que les échantillons en bocaux exposés à la lumière brunissent avec le temps, ce qui diminue leur utilité scientifique. Pour remédier à ce problème, les chercheurs décident alors de javelliser leurs spécimens avant de les introduire dans la solution. Ces échantillons blanchis, quelque peu fantomatiques, conservent leur structure d’origine mais les différents tissus végétaux, tous de la même couleur, sont impossibles à distinguer les uns des autres.
Vers 1895, Trail et Gage commencent à chercher une méthode permettant de conserver la couleur verte des spécimens de musée conservés en solution. Ils mettent au point une méthode fastidieuse qui nécessite de faire tremper les spécimens dans des solutions de sous-acétate de cuivre pendant plusieurs mois. Ce fixatif empêche la dégradation normale des cellules qui s’enclenche après la mort des plantes. Les spécimens doivent ensuite être mis à tremper dans l’alcool pendant un mois supplémentaire afin d’extraire les éventuels résidus bruns. Les spécimens sont finalement rincés avant d’être introduits dans des bocaux contenant un préservateur. La technique fonctionne pour quelques espèces mais pas pour toutes. Le sous-acétate de cuivre noircit certaines plantes, donnant un résultat pire qu’avec la méthode originale.
Durant ses travaux, Davidson remarque différents résultats suivant les préparations utilisées. En mai 1907, il obtient un résultat particulièrement intéressant lorsqu’il applique le traitement avec une préparation différente sur un Trillium grandiflorum. Les bractées et les sépales conservent leur couleur verte naturelle tandis que les pétales restent blancs. Davidson vient d’améliorer la méthode proposée par Trail et Gage.
Durant l’été et l’automne 1907, Davidson parvient à préserver 160 genres (subdivisions de familles) dont on avait jusqu’alors jamais réussi à conserver les couleurs naturelles. Il rédige un rapport destiné à être publié dans un mensuel de botanique réputé afin de partager les détails de sa méthode avec « tous ceux qui s’intéressent à cet aspect du travail dans les musées ». Bien que la méthode mise au point par Davidson ne soit pas révolutionnaire, celui-ci pressent que la communauté scientifique apprécierait quelque chose de « plus moderne que ces échantillons blancs d’un autre âge » alors que l’on entre dans « l’ère moderne des machines volantes et des sous-marins ».
Davidson retire cependant son article avant publication après avoir appris que Trail a déjà publié un article sur ses résultats. L’article de Trail présente Davidson comme quelqu’un qui « a seulement agi de manière mécanique alors qu’il mettait en œuvre les expériences de quelqu’un d’autre [sic] ». La contribution de Davidson n’est ainsi reconnue que brièvement, par quelques mots égarés dans l’article.

