Botanique et horticulture
L’administration de l’Université ne voit pas de différence pratique entre la botanique et l’horticulture et ceci se reflétera sur le fonctionnement du jardin jusque dans les années 1960. La botanique est une science pure qui consiste à étudier la vie des plantes dans leur milieu sauvage, qu’elles soient ou non considérées utiles ou belles. L’horticulture, par contre, est une science appliquée axée sur la sélection des plantes, leur multiplication et l’aménagement du paysage. Dans les années 1950 et 1960, les successeurs de Davidson, s’appuyant sur la nature différente des deux disciplines, s’éloignent de la vision initiale de celui-ci qui était d’aménager un grand jardin taxinomique (un jardin axé sur la classification des plantes) sur le campus de l’Université de la Colombie-Britannique.
Le thème du jardin change dans les années 1950 (PDF, 264 Ko), lorsque Taylor propose de prendre la responsabilité, avec Neill, de faire du campus tout entier le Jardin botanique. Les deux parviennent à leur fin. Au début, Davidson avait eu des problèmes avec les jardiniers qui avaient reçu une formation d’horticulteur et qui ne comprenaient pas l’objet d’un jardin botanique. En proposant son plan, Taylor fait ressurgir ces problèmes.
Malgré les économies réalisées grâce à ce plan, le jardin original souffre grandement durant toutes les années 1950. De jolies plantes horticoles prennent le dessus sur des parterres taxinomiques scientifiques. Selon Taylor, le fait que le campus entier soit un jardin botanique constitue une solution unique qui « suscite des commentaires admiratifs et envieux de la part des nombreux botanistes et horticulteurs de passage ». Mais les visiteurs ne peuvent se rendre compte que le personnel responsable de l’entretien ne comprend pas la différence entre une fleur cultivée pour sa beauté et une autre plantée à des fins scientifiques. De fait, le personnel élimine souvent des spécimens ayant une valeur scientifique.
Les critiques formulées par Davidson
À la retraite, Davidson écrit à l’Université en 1956 pour demander « pourquoi le Jardin botanique n’a pas été conservé de manière à servir les objectifs fixés lors de son établissement, soit d’entretenir la meilleure collection de plantes indigènes vivantes de la Colombie-Britannique. »
Pour se défendre, Taylor réplique que lorsqu’il prend ses fonctions :
les parterres sur lesquels les plantes indigènes ont été cultivées sont essentiellement vides. Les noms des spécimens qui ont survécu à une période d’entretien inadéquat sont sérieusement mélangés et il n’existe aucune donnée sur l’origine des plantes.
Taylor fait remarquer que les parterres rectangulaires n’étaient plus utilisés mais qu’en 1956, des plantes étaient encore présentes sur le campus et dans les plantations ethnobotaniques du parc Totem. Taylor mentionne également des plans visant à développer 300 acres (122 hectares) sur le campus sud pour exposer les plantes de la Colombie-Britannique dans un « contexte naturaliste ».
Lorsqu’il visite le campus en 1960 (PDF, 230 Ko), Davidson est horrifié de constater que le Jardin botanique de l’Université de la Colombie-Britannique, tel qu’il l’avait connu, avait été presque complètement converti en parterres fleuris horticulturaux. Les arbres ne sont pas tous là où il les avait plantés et certains spécimens ont été détruits.
Davidson écrit alors ces mots au président de l’Université, Norman MacKenzie :
Le choc faillit m’arracher des larmes lorsque je vis que la collection tout entière des plantes herbacées – classées suivant leur famille – avait été arrachée, éliminée et remplacée par de la pelouse et des parterres fleuris horticulturaux [...]. Je n’aurais jamais osé penser que mes successeurs ne connaîtraient pas la différence entre un jardin botanique et un jardin horticultural. Les jardins botaniques abritent les plantes telles qu’on les trouve dans la nature, pour illustrer quelques-unes des différentes branches de la botanique et pour offrir des spécimens vivants aux chercheurs à la place des échantillons morts conservés dans les herbiers.
Le président MacKenzie lui répond que l’Université a mis de côté un espace « important » pour ce qu’il espère deviendra un jardin botanique permanent.
Des intérêts incompatibles
Taylor en vient à regretter d’avoir fusionné la gestion du Jardin botanique avec celle du reste du campus :
À l’étranger, on pense à tort que le Jardin botanique a été mis sur pied pour embellir le campus. Ce n’est pas le cas; il a été créé pour servir d’outil à l’enseignement et à la recherche dans le département de Biologie et de Botanique [...]. En tant que botanistes, mes collaborateurs et moi-même ne nous préoccupons pas de l’aménagement du paysage. Nous nous intéressons par contre de près à la variété et à l’importance botanique des plantes qui constituent des ressources pédagogiques essentielles. Nous sommes convaincus que l’aspect scientifique et universitaire du jardin est d’une importance capitale et qu’il ne doit pas être séparé de l’entretien des plantes.
Lors de réunions, Taylor fait ressortir « l’incompatibilité des intérêts des Bâtiments et des [Terrains] d’un côté et du Monde des plantes de l’autre côté ». Il veut que le jardin ne relève plus de la gestion du campus et qu’il ait uniquement des objectifs pédagogiques ainsi que son propre directeur.
Dans une lettre adressée à la Natural History Society, John Davidson, alors à la retraite, souligne le manque d’appréciation témoigné en 1966 à l’égard du travail de toute sa vie :
Pour moi, cette partie du campus universitaire était sacrée et vénérée. J’ai accepté ce travail comme un défi, non à des fins personnelles, mais plutôt pour mesurer combien je pourrais apporter aux générations à venir. Avec les centaines d’acres de terrain inutilisé sur son campus, l’Université ne devrait pas en être réduite à détruire un Arboretum vieux de cinquante an pour construire des bâtiments, tout en aménageant un autre arboretum qui sera probablement moins accessible au public.
Un troisième jardin botanique
Le Bureau des gouverneurs se réunit le 10 mai 1966 et, comme le rapporte The University Gazette, convient d’« arrêter progressivement les activités dans le secteur situé à l’ouest de West Mall, où se trouvent aujourd’hui l’Arboretum et le Jardin de rocaille, puisque de nouveaux secteurs sont en développement dans la partie sud du campus ». Dans la perspective de relocaliser toutes les activités d’enseignement de la botanique en plein air dans la partie sud du campus, les gouverneurs mettent de côté un terrain situé à l’ouest du nouveau stade et à un pâté de maisons à l’ouest de Marine Drive.
L’Université a des plans précis pour le second jardin botanique de Davidson sur West Mall, des plans qui ne recueillent pas l’accord des membres du département de Botanique. Ceux-ci lancent alors un appel au président par intérim :
Il est possible que la raison d’être d’un arboretum soit quelque peu mal comprise. Le nôtre est d’une part l’un des derniers lieux paisibles du campus, où les étudiants et le personnel peuvent se détendre lorsqu’il fait beau et prendre plaisir à marcher, à se reposer ou à étudier. Mis à part ces valeurs esthétiques et psychologiques, l’Arboretum est avant tout un laboratoire. Il fait partie intégrante du programme universitaire destiné aux étudiants inscrits en foresterie, en agriculture et en botanique ainsi qu’à d’autres étudiants faisant partie de groupes extérieurs. Personne n’envisagerait de démolir des laboratoires entourés de murs. Nous ne pouvons même pas nous résigner à détruire les vieilles baraques. Alors pourquoi l’Arboretum ? Les parcs de stationnement doivent-ils avoir la priorité sur l’enseignement ?
Leur appel ne reçoit cependant aucune réponse et en 1968, les restes du Jardin botanique et de l’Arboretum sur West Mall sont transformés en paysage urbain. Roy L. Taylor devient directeur du nouveau jardin et entame l’aménagement du troisième jardin botanique qui existe encore aujourd’hui.



