Les débuts du British Columbia Mountaineering Club
Alors qu’un nombre croissant de nouveaux arrivants s’engagent dans l’exploration des montagnes, les grimpeurs sont de plus en plus au courant des réalisations de chacun. En octobre 1907, ils mettent sur pied un club pour coordonner leurs activités. Ce club est à l’origine du Vancouver Mountaineering Club (qui devient peu après le British Columbia Mountaineering Club, ou BCMC).
En 1910, des membres du club pénètrent dans la région de Garibaldi. En compagnie de membres du Club alpin du Canada, ils explorent les approches permettant d’accéder au mont Garibaldi par le sud. Ils gravissent alors le mont Mamquam (anciennement appelé mont Rosa), le mont Sentinel et Castle Towers. Parmi les premières conquêtes du BCMC, on peut aussi citer l’ascension de mont White et du mont Seymour. Les membres du club aménagent également un sentier jusqu’au sommet du mont Grouse.
Lorsque John Davidson arrive en 1911, Vancouver est une ville qui s’élève doucement au milieu de débris de bûcheronnage et de terrains brûlés. Les montagnes alentours sont alors d’un accès très difficile. Davidson écrit par la suite : « Le transport d’approvisionnements dans ces forêts denses et ces montagnes entraînerait des dépenses presque prohibitives, mais l’on peut occasionnellement organiser des explorations à un coût raisonnable. » Au fur et mesure que la population de la ville s’accroît, un nombre plus important de nouveaux arrivants s’aventurent dans les régions environnantes où ils « redécouvrent » le magnifique paysage que les Salish du littoral connaissent eux depuis des milliers d’années.
Davidson explore Garibaldi
Une expédition vers le mont Garibaldi à partir de Vancouver nécessite deux jours de bateau jusqu’à la colonie de Squamish, puis 32 km (20 milles) de randonnée le long du sentier de Pemberton. La construction de la voie ferrée de la baie Howe et de Squamish en 1910 et la mise en place d’une portion du réseau de la Pacific Great Eastern (PGE) en 1912 permettent de raccourcir l’expédition grâce à une étape en train de Squamish au lac Daisy, même si le lac est encore éloigné des prairies alpines du lac Garibaldi.
En 1912, William J. Gray ouvre un itinéraire allant du confluent du torrent Stony Creek (aujourd’hui appelé Rubble Creek) et de la rivière Cheakamus jusqu’aux secteurs alpins de Black Tusk Meadows. Un sentier rustique, développé le long de cet itinéraire, permet plus tard au BC Mountaineering Club d’envoyer un groupe camper dans l’arrière-pays d’où il effectuera quelques explorations.
Davidson fait plusieurs randonnées en montagne dans le secteur avec le BCMC en 1912 et en 1913. Ils partent pour le sentier de Pemberton le 5 août 1912 et arrivent au camp principal le soir suivant. Les journées étaient « très, très chaudes » et l’air était rempli de « milliers de moustiques, de taons et d’autres grosses mouches ». Une pluie violente s’abat sur le groupe et détrempe le papier qu’utilise Davidson pour faire sécher ses spécimens. Cette nuit-là, le thermomètre descend près de zéro. Le 10 août, Davidson « attaque les versants du mont The Black Tusk mais [il a] trop froid et [est] trop trempé pour aller loin » après une averse de grêle qui s’abat sur les versants de la montagne. Il revient à Vancouver le 18 août, avec quelques spécimens.
Lors de cette sortie, des membres du club effectuent des mesures de la pression atmosphérique à l’aide d’un anéroïde. Ces données montrent que le sommet du mont The Black Tusk se trouve environ à 2750 mètres (9000 pieds) d’altitude. Nombre des montagnes appartenant à cette chaîne volcanique ressemblent à des éponges géantes. La vapeur qui s’échappait de la lave durant les éruptions qui grondaient voici plusieurs milliers d’années a rendu les roches poreuses.
À partir de 1912, John Davidson se sert de la région de Garibaldi comme d’une grande salle de classe en plein air, d’abord avec le Mountaineering Club puis avec la Vancouver Natural History Society. Il familiarise ainsi plusieurs centaines de personnes à la flore de cette région montagneuse.
Activités d’histoire naturelle
Ces sorties botaniques bénéficient également à des chercheurs qui travaillent dans d’autres disciplines scientifiques. Burwash, qui accompagne le groupe en 1913 et décrit ses observations dans le Journal of Geology, peut ainsi « étudier en profondeur » la géologie de la région.
Les membres du BCMC restent bien sûr des herboristes très actifs. Korten rassemble quant à lui une collection de petits mammifères qu’il envoie à Ottawa tandis que H. Sampson met sur pied une collection de papillons diurnes et nocturnes rencontrés dans les régions alpines. Davidson fait cependant remarquer que « les grands animaux tels que les loups, les ours, les chèvres, les mouflons, etc., qui vivent dans la région, ne font l’objet d’aucune étude »]. Pendant les deux premières années, Gray s’occupe des relevés topographiques et de la cartographie jusqu’à ce que C. Heaney, du British Columbia Land Survey (BCLS), qui est « un expert en la matière », prenne la relève en 1914.
En 1914, Davidson et ses amis collectent des spécimens vivants dans le secteur de Garibaldi pour les ramener au jardin botanique d’Essondale. Ils aménagent sur le terrain de camping un jardin botanique miniature temporaire où les spécimens peuvent être gardés vivants jusqu’à ce qu’ils soient prêts à être transportés. Près de 80 espèces de la région de Garibaldi ont ainsi été transplantées à Essondale où elles ont continué à prospérer. Davidson explique par la suite que :
cette idée de jardin botanique est devenue contagieuse et on a vite remarqué que pratiquement chaque tente du camp avait son propre petit jardin. Il ne fait aucun doute qu’on verra fleurir cet été, dans les nombreux jardins au voisinage de Vancouver, des spécimens originaires de Garibaldi.
Des grimpeurs visitent également la région de Garibaldi et participent souvent à la collecte de ressources pour la région. En juillet 1913, Caroline Pansy Munday (1892–1917) et Loretto Clotilda Hanafin (1889–1958), toutes les deux de Vancouver, deviennent les premières femmes à atteindre le sommet de Garibaldi. La même année, Gray dessine une carte de la région de Garibaldi (PDF, 0,98 Mo). En 1918, le professeur E.M. Burwash publie une version améliorée de cette carte dans son livre, The Geology of Vancouver and Vicinity, et en 1926, Dr Neal M. Carter effectue un relevé photographique des secteurs de grimpe connus.

