Un autre coup porté au Bureau botanique
Le Bureau botanique encaisse un coup encore plus violent contre le principe même de son existence lorsque le 15 décembre 1915, Thomas Taylor remplace Henry Esson Young comme ministre de l’Éducation (Young démissionne de son poste avant les élections de 1916 à la suite d’un scandale à propos de paiements émanant d’une compagnie minière). Davidson vient de perdre la protection de son ancien patron. Son bureau et ses activités sont donc dans le mois qui suit menacés de fermeture « pour des raisons économiques » découlant de la guerre qui fait alors rage en Europe (la Première Guerre mondiale).
En 1916, Davidson découvre que le gouvernement provincial envisage de fermer son Bureau botanique pour économiser de l’argent.
Davidson doit congédier son personnel et transférer tous ses spécimens à l’Université de la Colombie-Britannique. Qui plus est, on ne lui offre même pas un poste à l’Université. Ce bouleversement est des « plus décourageants » pour Davidson qui a fait l’effort d’immigrer dans ce pays et d’y trouver un travail pour lequel il est tout spécialement qualifié. Des hommes « qui n’ont aucune connaissance du sujet et aucun intérêt dans les travaux » lui signifient « de faire place nette » alors même que ses efforts commencent à porter fruits.
Davidson entretient l’espoir que les naturalistes de la province vont se rallier à sa cause et sauver le Bureau botanique. Un petit nombre d’entre eux envoient effectivement des lettres à des rédacteurs en chef de journaux mais malheureusement, les plus importants d’entre eux (tels que les Newcombe, à Victoria) ne bougent pas le petit doigt. Et ils décident de ne pas bouger parce que Davidson lui-même n’a pas daigné coopérer avec les botanistes locaux. Lorsque C.F. Newcombe a par exemple demandé à Davidson de partager sa méthode « secrète » de préparation des spécimens en bocaux, Davidson avait refusé.
Des expériences négatives qu’il a vécues lors de sa collaboration avec le professeur Trail, à Aberdeen, Davidson a déduit qu’il vaut mieux ne pas coopérer avec les autres. Cette stratégie se retourne maintenant contre lui. Ce sont les gens mêmes qui seraient le plus en mesure de sauver son poste qui décident de ne rien faire.
La situation est cependant débattue dans les journaux locaux. Les éditoriaux et les lettres des lecteurs critiquent les plans de fermeture du Bureau botanique. Même si les naturalistes de l’île de Vancouver ne viennent pas à son aide, de nombreux clubs et organismes soutiennent « professeur » et « Dr » Davidson ainsi que ses travaux, notamment :
- le Vagabond’s Club (dont les membres participent à des « travaux dans les domaines de l’éducation, des arts, de la science et de la littérature »)
- le University Women’s Club
- la Art, History and Scientific Association
- les commissaires d'écoles
- la British Columbia Pharmaceutical Association
- la chambre de commerce de South Vancouver
Qui plus est, la City Beautiful and Home Garden Association fait circuler une pétition et « The People’s Forum », au Labor Temple, porte à son ordre du jour la fermeture du Bureau.
Bien que Henry Esson Young, le ministre de l’Éducation, ait pu envisager de faire du Bureau botanique l’embryon du département de Botanique de l’Université, le président de celle-ci, Frank Wesbrook, ne considère pas Davidson comme un professeur qualifié. Wesbrook pense que l’expérience acquise par Davidson comme préposé au musée ne le qualifie que pour un poste de personnel de soutien au sein du département, après l’embauche d’un vrai professeur.
Contre les vœux de Wesbrook, en mars 1916, les politiciens autorisent Davidson et son personnel à emménager dans l’Université de la Colombie-Britannique et à y transférer les spécimens de son herbier ainsi que les plantes vivantes cultivées dans les jardins. Les membres du personnel du Bureau botanique continuent alors à travailler comme employés de ce qui allait bientôt devenir le département de Botanique de l’Université de la Colombie-Britannique.
