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La guerre du bassin hydrographique

John Davidson s’inquiète de plus en plus de l’exploitation forestière sur la côte nord de l’inlet Burrard. En prévision d’un vote prévu le 16 juin 1923 visant à décider de l’éventuelle autorisation des coupes forestières sur les pentes de la vallée de la rivière Seymour, il effectue une étude sur l’effet de l’élimination des arbres sur les réserves d’eau et rédige un rapport résumant ses résultats. Les journaux rapportent alors, mot pour mot, l’article de Davidson, publié à l’occasion de la journée de l'arbre, sur le rôle que jouent les pentes boisées du bassin hydrographique pour la régulation des réserves en eau de la ville.

Son point de vue est soutenu par le Water Committee de Seattle qui envoie une lettre à la mairie de Vancouver qualifiant d’« erreur très sérieuse » la vente des arbres qui protègent le bassin hydrographique de la ville. Les discussions sont relayées dans les éditoriaux des journaux locaux. Les arguments de Davidson parviennent à convaincre les rédacteurs en chef des journaux de Vancouver qui remercient le Water Committee de Seattle pour leur bienveillance et font remarquer aux lecteurs qu’une concession forestière n’accorde aux arbres qu’une valeur commerciale. Or les arbres présents dans le bassin hydrographique de la côte nord ont en fait une valeur bien plus élevée puisqu’ils « protègent le sol, retiennent l’eau et ajoutent une touche esthétique au paysage ». La valeur commerciale des arbres ne pouvant être mise à profit qu’en effectuant, à l’aide des méthodes modernes, des coupes destructives qui réduisent à néant l’utilité des arbres, le bassin ne devrait pas être exploité. Les éditeurs pensent de plus que le risque de départ d’incendie à partir des débris de coupe est trop élevé. « Pourquoi prendre un tel risque inutile ? », demandent-ils.

La publication de son pamphlet, Les signes ne trompent pas ou « Réveille-toi, Vancouver! », transcription du discours présidentiel « La conservation des plantes » qu’il fait devant la Natural History Society le 1er octobre 1924, restera l’attaque la plus efficace de Davidson dans le cadre du débat sur l’exploitation forestière.

Selon un membre de la Vancouver Natural History Society (VNHS), le botaniste n’a peut-être pas eu l’intention de voir son discours être distribué de manière aussi large. Ce membre écrit en effet :

… le président a déclaré que bien qu’il ne souhaitait pas que son discours sur la conservation des plantes soit utilisé à des fins politiques, il acceptait de répondre aux souhaits de la Société et autorise sa publication à des fins pédagogiques.

Qui plus est, la Vancouver Natural History Society encourage ses trois cents membres à coopérer pour sensibiliser le public à cet égard afin qu’une politique claire puisse être introduite visant à protéger les réserves d’eau de la ville. Au lieu de s’exprimer en tant que membre de la faculté, Davidson préfère parler à titre de président de l’une des plus importantes sociétés d’histoire naturelle du Canada. Il considère alors qu’il est de son devoir de défendre les intérêts de tous les citoyens, en disséminant « les connaissances telles qu’un naturaliste les perçoit ». Il veut signifier par là qu’il est indispensable de tenir compte des conséquences environnementales lorsque l’on décide où les coupes forestières peuvent avoir lieu.