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Altération culturelle

Bien que de nombreux colons estiment que l’anglicisation de la Colombie-Britannique est souhaitable pour le développement de la province, cette uniformisation finit par affaiblir les cultures autochtones et altère les relations qui existent entre les gens, les plantes et les animaux. Certains perçoivent cette évolution mieux que d’autres. Ceux qui en sont le plus conscients tentent de préserver, dans les musées, les derniers signes de ce qu’était la Colombie-Britannique avant l’arrivée des pionniers pour que les générations à venir puissent comprendre et apprécier le passé de la province.

Les naturalistes sont bien placés pour observer les changements environnementaux engendrés par l’homme et pour peser sur les politiques. Davidson pense qu’il s’agit du travail des botanistes amateurs :

Ces changements sont toujours en cours et la végétation évolue constamment pour s’adapter aux nouveaux environnements. Il n’est point besoin d’être expert pour constater ce qui se passe autour de nous. Quiconque est un tant soit peu intelligent et sait utiliser ses yeux et son cerveau peut l’apprendre directement de la nature.

Sa réaction face aux changements qui touchent l’environnement révèle sa nature humaine passionnée et sa volonté de faire prendre conscience aux autres de l’évolution en cours :

Le botaniste provincial est témoin de cette lutte, il voit l’horrible massacre des innocents qui accompagne l’avancée de la civilisation en Colombie-Britannique. Son cœur se serre souvent devant la dureté de ses semblables qui ne semblent pas comprendre que ces plantes ne font que jouir de cette énergie vitale qui nous habite aussi. Ils oublient que les plantes sont des créatures vivantes, qu’elles ont été créées avant nous et que nous dépendons entièrement d’elles pour notre survie.

Selon Davidson, c’est certainement parce que la flore de la Colombie-Britannique a pu se développer sans l’interférence des hommes qu’on y observe une telle richesse et une telle variété de plantes. S’inquiétant de l’effet néfaste des colonies européennes à Vancouver, il déclare :

Il est aujourd’hui difficile de trouver ne serait-ce que la trace des plantes indigènes qui prospéraient là où s’élève maintenant la ville et il est impossible de distinguer les endroits où s’étendaient les anciens marais des zones qui offraient un habitat aux plantes qui préfèrent un sol plus sec.

Davidson décrit alors comment le « processus d’extinction » commence. Après les coupes, les propriétaires utilisent des explosifs pour extraire les souches. Ils empilent ensuite ces souches en faisant des tas pouvant dépasser 10 m (30 pieds) de haut auxquels ils mettent le feu. Davidson écrit :

La nuit, cet étrange spectacle se révèle à plusieurs milles lorsque la réflexion des feux fait rougeoyer le ciel et que des flammes géantes se découpent sur les pins et les cèdres qui, en arrière-plan, attendent le même sort.

Des fougères-aigles et des épilobes à feuilles étroites finissent par pousser sur ces terres, sauf si l’humus a été enlevé à dessein, pour la construction d’une route par exemple. Lorsque l’humus a été éliminé, ce sont les pissenlits qui ont le plus de chance de faire leur apparition. À New Westminster et à Victoria, deux vieilles cités qui subissent depuis longtemps l’interférence de l’homme, Davidson constate que les pâquerettes apparaissent à la place des pissenlits. Ces fleurs ne sont pas indigènes de la Colombie-Britannique (bien qu’il existe des espèces indigènes semblables à ces deux plantes). Les immigrants d’Europe les ont accidentellement introduites, des dizaines d’années auparavant. « Graduellement, des plantes nouvelles et étranges — des herbes, des trèfles et d’autres plantes cultivées — deviennent communes dans la ville tandis que la flore indigène devient de plus en plus rare », écrit-il. Davidson sent qu’il doit enregistrer tout ce qu’il peut de ce qui reste de la flore précoloniale avant qu’il ne soit trop tard.

L’objet des inquiétudes de Davidson devait se matérialiser du vivant de celui-ci. La flore indigène, qu’il observe au tout début dans les prés Musqueam Meadows, sur la plage Crescent Beach, dans le district Caulfields et dans le secteur Rocky Bluffs de West Vancouver, disparaît au profit d’un mélange d’espèces indigènes et de plantes introduites.