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Collecte de matériel pour les recherches

Le chaos qui caractérise la botanique dans le Nord-Ouest a déjà été mentionné. La situation résulte principalement du fait que les botanistes de l’Ouest semblent vouloir décrire toute variation comme une espèce nouvelle. Bon nombre de nos spécimens de l’Ouest ont été définis à partir de critères très artificiels; ils ont été décrits et nommés en fonction de données tout à fait insuffisantes. Les botanistes qui sont venus par la suite, et qui avaient de meilleures connaissances des spécimens, ont suivi les descriptions existantes et ont parfois jugé nécessaire de changer les noms. Nous avons de bonnes raisons de croire que bon nombre des espèces occidentales sont identifiées à partir de formes caractéristiques d’environnements particuliers, et de toute évidence la plupart de ces nouvelles espèces sont décrites à partir de spécimens d’herbier et des quelques notes qui les accompagnent, et non d’une connaissance pratique sur le terrain.

En voici un exemple. Près de Vancouver, il y a une plante parasitaire ou saprophytique qui correspond plus ou moins à la description de Newberrya congesta, Torr. Nous avons tout d’abord cru que nos spécimens étaient des Pleuricospora fimbriata. Il se pourrait que ceci se confirme (quand nous aurons des détails complets et précis sur les ovaires de Newberrya).

Selon les « Flores », voici les différences essentielles entre ces deux spécimens :

Newberrya Pleuricospora
Le calice : incomplet, composé de 2 sépales qui ressemblent à des écailles Le calice : complet, composé de 4 à 5 sépales écailleux
La corolle : urcéolé en forme de tube La corolle : pétales qui ressemblent aux sépales
Le pistil : 4 placentas, chacun bilamellé Le pistil : 4 à 5 placentas pariétaux

Que nos spécimens soient du genre Newberrya ou Pleuricospora, il faudra éliminer au moins une des distinctions génériques. Sur le tableau de variations qui suit, on verra que la plante 1 a toutes ses fleurs et que le calice est caractéristique du genre Newberrya, tandis que pour les plantes 2 et 3, on pourra constater une variation importante entre les fleurs d’une même plante, certaines ayant deux sépales appariés à des écailles, d’autres possédant un ou deux sépales de plus, ce qui correspond en nombre à ceux du genre Pleuricospora.

Considérant que le calice était de nature trop variable pour être utile comme marqueur générique, je me suis concentré sur la structure des ovaires et grâce à la générosité du Dr C.F. Newcombe de Victoria, j’ai obtenu un exemplaire de la description originale de Hemitomes congestum, avec une photo et un calque de l’illustration qui accompagnait la description. J’y ai constaté que la structure des ovaires reposait en grande partie sur des conjectures et que le Dr Gray n’avait pas assez de spécimens pour déterminer ladite structure. Il a expliqué qu’il avait fondé son constat sur un fragment de spécimen, et il espère bien que de nouveaux spécimens permettront de corriger ou de confirmer son analyse. Mais il n’y a aucun doute, à son avis, quant à la structure des anthères – apparemment unicellulaires, ce qui lui a fait adopter le nom de hemitomes.

Par la suite, le Dr Torrey a obtenu de bons spécimens de cette plante et a déterminé que les anthères n’étaient pas unicellulaires, contrairement à la description donnée par le Dr Gray, mais bien distinctement bicellulaires : l’appellation hemitomes n’était donc pas juste. Le Dr Torrey a donc changé le nom à Newberrya en l’honneur de celui qui avait découvert cette plante.

Plusieurs espèces de ce genre – toutes de l’Ouest – ont été décrites, dont un certain nombre à partir de spécimens fragmentaires; à ma connaissance, l’une de ces espèces n’avait jamais été vue auparavant et n’a plus jamais été trouvée ensuite.

Il m’a donc semblé tout naturel de devoir chercher de plus amples renseignements sur la structure des ovaires dans des descriptions d’autres espèces de Newberrya. Apprenant que le professeur E.L. Greene de la Smithsonian Institution en avait fait une sous le nom de Hemitomes pumilum, je lui ai demandé un exemplaire de la description originale. J’ai également fait une demande pour la description de N. Subterranea, spécimen étudié par Mlle Alice Eastwood de l’Académie des Sciences de la Californie. Le professeur Greene a accédé volontiers à cette demande, et suite à une visite récente de Mlle Eastwood à notre bureau, nous avons pu obtenir d’avantage d’information sur cette plante.

Notons que dans sa description, le Dr Gray faisait référence au caractère inhabituel de l’ovaire, disant toutefois clairement qu’il avait si peu de matériel sur lequel travailler qu’il ne pouvait affirmer la structure. Il me semble donc étrange que dans les descriptions des espèces subséquentes, il n’y a quasiment pas de renseignements sur la structure de l’ovaire; aucune n’indique si elle s’accorde avec la première description de Hemitomes congestum ou si elle en diffère. Il nous donc reste à vérifier la vraie structure de l’ovaire du genre Newberrya.

La plante qui pousse dans notre région a un aspect très différent de celui dans l’illustration jointe à la description du Dr Gray : le nombre d’étamines n’a presque pas de rapport avec le nombre de pétales. Toutefois, l’illustration de la fleur est presque identique à la nôtre, et la description de la plante correspond plus ou moins à nos spécimens. (Fig. 36.)

La structure de l’ovaire dans nos spécimens ressemble un peu à celle de Papaveraceae, une espèce uniloculaire, qui a un nombre variable de carpelles avec placentation superficielle.

Un grand nombre de variations existe dans le nombre de parties de certains verticilles. Le tableau suivant montre les résultats pour dix-huit fleurs, prises à trois plantes différentes.

Plante Fleur Bractées Sépales Pétales Étamines Placentas
Lat. Ant. Post.
Un…… Un…..
Deux…..
Trois…..
Quatre…..
Cinq…..
Six…..
1
1
1
1
1
1
2
2
2
2
2
2
…..
…..
…..
…..
…..
…..
…..
…..
…..
…..
…..
…..
4
4
4
4
4
4
8
6
7
5
6
6
8
6
7
6
9
7
Deux Un…..
Deux…..
Trois…..
Quatre…..
Cinq…..
Six…..
1
1
1
1
1
1
2
2
2
2
2
2
1
1
1
1
1
…..
1
…..
1
1
1
…..
4
4
4
4
4
4
7
8
8
8
6
8
7
8
8
8
7
8
Trois Un…..
Deux…..
Trois…..
Quatre…..
Cinq…..
Six…..
1
1
1
1
1
1
2
2
2
2
2
2
…..
…..
…..
…..
1
…..
…..
…..
1
…..
1
…..
4
4
4
4
4
4
7
7
8
6 + (2)
8
7
7
7
8
7
8
7

De ces données, on constate : (1) que le nombre d’étamines paraît avoir une relation avec le nombre de carpelles; (2) qu’il y a une variation importante entre les fleurs d’une même plante; et (3) que certaines plantes sont plus constantes que d’autres. Il y a en plus une variation considérable dans la grandeur des spécimens, dont la hauteur varie de 2 à 12 cm.

Nos spécimens poussent sur les pentes des montagnes, à une altitude allant de 1 000 jusqu’à 2 000 pieds, dans les bois peuplés de sapins et de pruches en association avec Monotropa uniflora, avec une exposition sud à sud-est.

Les possibilités d’étudier les spécimens trouvés ici sont grandes. Si ces espèces, à l’exception de N. Congesta, s’avèrent valides, les différences sont suffisamment importantes pour justifier la description de notre plante locale comme une nouvelle espèce. Précisons toutefois qu’il est plus souvent plus facile de voir les différences que les ressemblances, et je considère qu’un travail beaucoup plus important est accompli par les botanistes qui cherchent surtout à retracer les relations existantes entre les espèces apparemment différentes, que par les botanistes qui magnifient les différences parmi les spécimens anormaux ou immatures.

Quiconque connaît les relations entre les plantes et leur environnement dira sans hésiter que, si notre plante poussait dans un climat un peu plus chaud, elle s’allongerait et deviendrait plus souple, avec des écailles plus larges, jusqu’au point où son aspect s’apparenterait beaucoup à celui dépeint dans l’illustration du Dr Gray. De même, si elle poussait dans un climat plus sec – ou dans un environnement plus dégagé – la plante deviendrait naine engorgée, se rapprochant de N. pumila (Greene.) Si on l’arrache avant qu’elle ne sorte de la terre, elle se rapproche de N. subterranea (Eastwood), plante remarquable puisqu’elle fleurit à trois pouces sous le sol. Sur ce point, mentionnons que nos spécimens, comme la plupart des monotropes, sont en fleurs avant de sortir de la terre.

La question se pose : est-il possible que les plantes décrites sous le nom de Pleuricospora par le Dr Gray soient des spécimens complètement développés de celui décrit par lui treize ans plus tôt sous le nom de Newberrya, et que les autres espèces ne soient que des formes ou des étapes de cette plante variable –

Ce sujet de la variation au sein d’une espèce m’intéresse depuis fort longtemps. Depuis que je suis arrivé en Colombie-Britannique, j’ai été frappé par la profusion des possibilités de recherche en ce sens. Mes observations m’ont mené à considérer avec méfiance la plupart des prétendues espèces, en particulier celles définies en fonction de caractéristiques transitoires, telles que l’aspect, la pubescence, la forme des feuilles et autres points liés à l’environnement.

Afin d’étudier ce sujet systématiquement, nous avons entrepris la collecte systématique de spécimens d’herbier et de jardin, pour valider ou réfuter la plupart de ces « espèces ».

Partant de spécimens individuels, que nous nous proposons de laisser pousser dans notre jardin botanique pour obtenir des graines, nous comptons cultiver des plantes afin d’étudier l’ampleur de la variation parmi la descendance, et donc de déterminer si les points de différence sélectionnés sont des caractéristiques permanentes. Certaines espèces de Carex, Salix, Viola, Lupinus, Aster, Arnica, Gaillardia, Pentstemon, etc. font partie de ces genres qui exigent une étude systématique.

Lors de la collecte dans la zone aride pendant l’été de 1913, nous avons a trouvé plusieurs variétés évidentes de Opuntia polyacantha. En voici quatre sur l’illustration.

Apparemment, le type O. polyacanthus et une variété de borealis ont été signalés dans ce district. Des observations méticuleuses ont été faites sur le terrain et ont permis de constater une transition graduelle des formes typiques avec articulations plates à des formes avec articulations quasi-sphériques. On a cru que certaines formes curieusement allongées, qui ressemblaient à des doigts, étaient de jeunes plantes, mais ailleurs d’autres jeunes et petits spécimens n’avaient pas d’articulations cylindriques de ce type. Des échantillons de ces diverses formes – environ huit au total – ont été envoyés au Jardin botanique pour être cultivés, et ensuite comparés les uns aux autres à toutes les étapes de la croissance.

En plus des cactus de la zone aride, nous avons reçu une collection de l’île Bare qui nous a été envoyée par l’un de nos correspondants. L’île Bare, près de l’île de Vancouver, est séparée de la zone aride par une vaste étendue de terres côtières humides. Dans certains endroits de cette zone, l’espèce Opuntia pousse à profusion sur des rochers dénudés. Les spécimens que nous avons ramassés dans ces deux endroits nous permettront de faire une étude comparative de ces diverses formes et de déterminer s’il s’agit de formes transitionnelles, ou si les formes intermédiaires sont en fait des hybrides.