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Poésie

Il est tout aussi important que le poète, qui désire, à travers ses mots, peindre un tableau de paysages et d’événements, s’intéresse à l’étude de la nature. Il aiguisera ainsi son sens de l’observation et affinera ses talents de description. Lorsque l’âme d’un poète s’unit avec la nature, il en vient à oublier l’aspect ordinaire du quotidien, et découvre une dimension nouvelle. Il remarque des objets et ressent des sentiments jusqu’à présent inconnus pour lui, qui surgissent soudain en lui comme les eaux fraîches d’un ruisseau babillard. Ses poèmes nous permettent d’oublier nos soucis quotidiens, et de nous évader et faire vagabonder notre imagination.

Le poète novice, tout le comme le musicien ou tout autre artiste amateur, créé des œuvres discordantes et dénuées d’harmonie, qui agacent la sensibilité de l’esprit. Ses œuvres ne contribuent nullement au bien de la communauté et il est donc essentiel qu’il s’éduque.

Il vous suffira de lire les oeuvres de nos meilleurs poètes pour voir que la nature est pour eux une source d’inspiration constante. L’influence de la nature dans les poèmes de Longfellow se devine en particulier dans les vers suivants :

“If thou art worn and hard beset,
With sorrows that thou wouldst forget,
If thou wouldst learn a lesson that will keep
Thy heart from fainting and thy soul from sleep,
Go to the woods and hills:-no tears
Dim the sweet look that Nature wears.”

Tout étudiant de la nature ne deviendra pas forcément un poète, car il faut posséder d’autres qualités. Wordsworth, souvent décrit comme le poète des naturalistes, était un étudiant enthousiaste de la nature, attentif aux détails, mais il avait également reconnu l’importance de sa formation traditionnelle, qui lui avait appris les diverses techniques d’écriture :

“Oh! many are the poets that are sown
By nature; men endowed with the highest gifts,
The vision and the faculty divine;
Yet wanting the accomplishment of verse,
Which, in the docile season of their youth,
It was denied them to acquire, through lack
Of culture, and the inspiring aid of books.”

Si vous possédez un recueil de poèmes de Wordsworth, je vous recommande de les parcourir à nouveau pour constater son sens aigu de l’observation. Lisez son poème “An evening walk”, et notez le nombre de plantes et d’animaux nommés pendant votre promenade dans le vallon, le long du ruisseau, et au-delà de la cascade. J’aimerais citer de nombreux autres exemples, mais me limiterai à un : sa description d’un couple de cygnes accompagnés de leurs petits, sur le lac. Cet exemple présente un intérêt particulier, puisque, depuis lors, les naturalistes se sont particulièrement intéressés à une habitude particulière de la femelle, qui, l’un après l’autre, appelle ses petits pour les encourager à se reposer sur son dos.

“He swells his lifted chest, and backward flings,
His bridling neck between his tow’ring wings:
Stately, and burning in his pride, divides,
And glorying looks around, the silent tides:
On as he floats, the silver’d waters glow,
Proud of the varying arch and moveless form of snow.
While tender cares and mild domestic loves,
With furtive watch pursue her as she moves;
The female with a meeker charm succeeds,
And her brown little ones around her leads,
Nibbling the water lilies as they pass,
Or playing wanton with the floating grass;
She in a mother’s care, her beauty’s pride
Forgets, unweary’d watching every side,
She calls them near, and with affection sweet
Alternately relieves their weary feet;
Alternately they mount her back, and rest
Close by her mantling wings’ embrace prest.”

Comparez ceci avec un poème plus moderne écrit par un auteur américain bien connu (Mademoiselle Amy Lowell) dont les connaissances sur la betterave à sucre semblent pour le moins dire vagues.

“Wide plains
With little red balls hidden under them,
Beets like a hidden pavement underneath the plains,
A Roman floor forsooth!
Do mosaics have any colors to equal these?
Red as the eyes of cats in firelight,
As carbuncles under a lemon moon,
As the sun swirling out of a foggy sky,
Round as apples,
Footed as tops,
You spin yourself deep into the earth
And swell and fatten
Sugar in a crimson coat,
**************************
There are still the blood-skinned beets,
Waiting to be crushed, pulped, and eaten,
Thunder sugar – blood sugar.”
**************************

Je me demande ce que pensera l’auteur de ce poème lorsqu’elle apprendra que les betteraves à sucre ne ressemblent en rien à de petites boules rouges, mais sont de grandes racines de forme allongée et de couleur blanche, qui ressemblent plutôt à des betteraves fourragères.

Je viens de vous donner ici un exemple, parmi de nombreux autres, de poème dans lequel l’auteur tente de décrire les beautés de la nature en se basant sur son imagination au lieu d’une observation détaillée de ce qui l’entoure.

On trouve aussi souvent des descriptions de fleurs qui créent une explosion de couleurs; l’auteur ne semble pas savoir que certaines de ces fleurs ne fleurissent qu’au printemps, alors que le reste fleurit en été ou en automne.

Il n’est pas nécessaire d’exagérer la beauté de la nature, en créant des espèces imaginaires, à moins que l’auteur soit complètement incapable de comprendre l’histoire d’une fleur. Que ce soit une « petite marguerite écarlate » (a wee crimson tipp’d daisy) dans un champ prêt à être labouré ou « une fleur dans la fissure d’un mur » (flower in the crannied wall), chacune d’entre elles a sa propre histoire ne demandant qu’à être racontée par le poète inspiré.

“Thanks to the human heart by which we live
Thanks to its tenderness, it joys, and fears,
To me the meanest flower that blows can give
Thoughts that do often lie too deep for tears.”
(Wordsworth)

Je crains d’avoir abusé de votre patience, et je vais donc conclure mon discours. Mon but ce soir, était de vous montrer qu’une société d’histoire naturelle ne devrait en aucun cas, limiter ses activités au profit de ses membres; elle devrait, en plus, bénéficier à la communauté en soutenant le développement de ses institutions éducationnelles. Il ne s’agit pas simplement d’organiser des conférences et des excursions; ces dernières ne sont qu’un des moyens à notre disposition pour réaliser notre objectif. Il faut montrer à nos membres et au grand public que la renommée de Vancouver grandira proportionnellement à ce que nous avons accompli pour passer de la phase primitive du développement civique à la phase plus sophistiquée, vouée au bien-être de la communauté, de nos concitoyens, et des générations à venir.

Tous ensemble, nous pourrons accomplir de grandes choses, mais uniquement avec le soutien inconditionnel de nos membres. La société regroupe de nombreux membres, dont certains très influents. Mais notre objectif est de toucher tous ceux qui s’intéressent à la nature, et de partager avec eux notre succès.

Nous attendons également avec impatience de pouvoir publier un compte-rendu de nos activités, afin de pouvoir transmettre à nos successeurs, un rapport permanent des progrès que nous avons accomplis. Ceci nous permettra également d’informer des sociétés sœurs sur la nature de nos activités. Mais, pour atteindre cet objectif, nous devrons recruter davantage de membres, afin de couvrir les frais d’édition ainsi que les dépenses administratives annuelles.

Si chaque membre pouvait recruter deux ou trois nouveaux membres, nous aurions l’effectif nécessaire pour mener à bien nos projets. Chacun pourrait ainsi contribuer à l’avancement de nos travaux.

Un autre facteur essentiel au succès de notre mission est la présence de chaque membre à nos réunions. N’oubliez pas de réserver deux mercredis par mois à la société d’histoire naturelle. Nous avons déjà, en votre nom, invité divers experts à présenter des exposés et conférences sur des thèmes particuliers pendant l’hiver; il serait très décourageant, pour ces conférenciers, après tout le mal qu’ils se sont donnés, de se retrouver devant une poignée seulement de membres intéressés. Plus qu’une simple marque de courtoisie, faisons-nous un devoir de participer à ces soirées. Je vous demanderai également, dans la mesure du possible, d’y participer avec intérêt en prenant part à la discussion ou en posant des questions, afin de montrer à nos visiteurs que nous sommes une société active et pleine d’enthousiasme.

Ceci est notre premier voyage ensemble depuis la création de la société d’histoire naturelle, et, en tant que capitaine du vaisseau, je m’attends à ce que mon équipage me suive fidèlement. Mes seconds sont loyaux et enthousiastes, mais le succès de ce voyage inaugural dépendra des efforts de tous, des membres de l’équipage jusqu’au dernier matelot.

Nous avons la chance de naviguer dans des eaux calmes, sans aucun nuage à l’horizon; je compte sur vous pour montrer à tous que nous sommes dignes de participer à la construction et à la renommée de la plus grande ville portuaire de l’ouest du Canada.