L’art et la poésie dans l’étude de la nature
Je ne tiens pas à faire une dissertation sur « La Nature dans l’art » ou « La Poésie de la nature », bien que tous deux conviendraient parfaitement à une discussion. Wordsworth exprime particulièrement bien mes sentiments dans un de ses poèmes :
“O, would that some more skillful voice
My further labor might prevent!
Kind listeners, that around me sit,
I feel that I am all unfit
for such high argument.I’ve played, I’ve danced, with my narration:
I loitered long ere I began;
Ye waited then on my good pleasure;
Pour out indulgence still, in measure
As liberal as ye can!”
On dit que l’art imite la nature, et qu’un artiste accompli se doit donc d’étudier la nature – non seulement dans les livres, mais également sur le terrain. On dit également que l’œil expert d’un artiste peut en lire bien plus dans une peinture que ne le pourrait celui d’un novice. Il en est de même pour le naturaliste chevronné qui pourra « lire » la nature bien mieux que l’amateur inexpérimenté.
Il y a quelques années, un artiste local m’appela au bureau et me demanda si je pouvais le renseigner sur les fleurs de la région du lac Louise. Je ne lui fournis donc, non seulement, une liste des plantes indigènes de cette région, mais lui montrai également des échantillons pressés de ces plantes. Il m’expliqua ensuite qu’il était en train de peindre un tableau du lac Louise, et qu’il voulait obtenir un résultat particulièrement réaliste. Il désirait peindre quelques fleurs au premier plan, mais voulait s’assurer de choisir des fleurs indigènes de la région. Plus tard, il m’invita à voir la peinture terminée et me demanda de lui donner une franche opinion de son travail. Il me montra une peinture à l’huile d’un cerf sur une falaise, mesurant à peu près 8 pieds de haut et presque 5 pieds de large, presque de grandeur nature. Le tableau était superbe. Les bois de la bête auraient suscité l’admiration et l’envie de tout chasseur. Au fond de la vallée, on voyait le lac Louise et au loin, des montagnes enneigées. Le soleil du matin qui doucement dissipait la brume de la nuit passée, était magnifique et il me semblait, à première vue, que la fierté que l’artiste éprouvait à la vue de son œuvre était justifiée. Mais la scène me semblait artificielle. J’avais en effet devant moi, un superbe tableau d’un animal originaire du centre des États-Unis, mais qui n’avait probablement jamais mis le pied en Colombie-Britannique. Le cerf se tenait débout, son train arrière dangereusement proche du bord de la falaise, sur un sol sableux, qui se serait probablement effrité sous son poids. Sur cette terre aride et sablonneuse poussaient deux ou trois plantes indigènes, l’une caractéristique des prairies marécageuses, et l’autre de régions de tourbières. C’est cette constatation qui me poussa à lui demander s’il avait déjà vu cette race de cerf dans la région du lac Louise. Il m’informa que l’arrière-plan représentait à l’origine un paysage du parc Yellowstone, qu’il avait ensuite « retravaillé » pour y incorporer le lac Louise. Il espérait pouvoir vendre son tableau à un acheteur qui ne remarquerait pas les incongruités si faciles à repérer pour un naturaliste.
J’ai mentionné cet incident pour souligner qu’un véritable artiste devrait également toujours être passionné par l’étude de la nature.
“Dread Spirits! to confound the meek
Why wander from your course so far,
Disordering color, form, and stature
Let good men feel the soul of nature
And see things as they are.”
(Wordsworth)
