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Pourquoi ?

Peu après le début de la guerre de 1914, lorsque les ressources se firent de plus en plus maigres, on réalisa que les méthodes d’abattage utilisées jusqu’alors entraînaient la destruction de centaines de milliers de jeunes arbres, lors de la coupe et de l’enlèvement d’arbres plus importants et de plus grande valeur. Ces petits arbres, ensuite abandonnés à même le sol, pourrissaient ou desséchaient, avec les débris des arbres abattus; cette pratique favorisait les incendies qui, depuis bon nombre d’années, menaçaient d’épuiser les ressources de notre province pour les générations présentes et futures.

Il fallut alors éveiller la conscience de la population aux dangers qui menaçaient les forêts et éviter à tout prix le sort des forêts de l’est du Canada; il restait cependant à trouver une façon d’attirer l’attention de la population sur le gaspillage créé par ces méthodes d’abattage soit disantes modernes – ce que j’appellerais plutôt du vandalisme commercialisé.

Nous avions également raison de croire que la génération actuelle ne s’inquiétait pas particulièrement de l’état de nos ressources forestières; après tout, les arbres abondaient dans la province, alors pourquoi se faire des soucis ?

C’est avec l’objectif de combattre cette apathie vis-à-vis de la protection des forêts qu’un comité composé d’éminents représentants de la ville issus de toutes les classes fut créé en 1915. En 1916, l’association pour la Journée de l’arbre vit le jour; elle ouvrit la voie à une campagne éducative sur l’importance des arbres et permit d’inaugurer la première célébration de la Journée de l’arbre. À cette époque, il était impossible de célébrer officiellement cette journée, la municipalité n’ayant ni l’autorité, ni le pouvoir de participer; il en était de même pour la Commission des parcs de la ville. Tout citoyen était libre de planter ce qu’il voulait sur les boulevards, ou d’arracher ce qui avait été planté. Il n’existait en conséquence aucune uniformité dans les plantations, tant au niveau des espèces plantées, que des distances séparant chaque plant. Dans un quartier de la ville, six arbres avaient été plantés en face d’un terrain de 33 pieds seulement, nombre d’arbres normalement plantés sur 5 terrains de cette taille. À Shaughnessy Heights, nous avons trouvé des douglas de Menzies sur les boulevards; ces arbres, des sempervirents, ne fournissent pas d’ombre et ne conviennent pas à cet environnement; dans le même pâté de maison, au coin de rue suivant, on avait planté du genêt à balais, au lieu d’arbres ombreux.

Bien que dans tous ces cas, les individus concernés n’avaient pas le droit de procéder à ces plantations sur des boulevards appartenant à la ville, personne ne semblait objecter.

La première tâche incombant à l’association de la Journée de l’arbre fut d’encourager la création de lois municipales donnant plein pouvoir à la ville (1) de mettre en place une loi régissant et protégeant toute plantation faite par des citoyens qui désirent embellir leur quartier (2) de demander conseil à la Commission des parcs quant au choix d’espèces particulièrement adaptées aux sols de chaque quartier (3) d’interdire la plantation d’arbres favorisant la prolifération d’insectes nuisibles et de mycoses, et d’optimiser l’aspect esthétique et pratique des arbres ombreux sur nos boulevards, en veillant à respecter les distances entre les plantations et les besoins propres de chaque espèce plantée.

En outre, l’approvisionnement en eau de la ville de Vancouver dépend presque entièrement des arbres de notre bassin versant situé de l’autre côté du bras de mer. Certains d’entre vous se souviendront certainement d’un ancien discours présidentiel intitulé The Handwriting on the Wall (« Les signes ne trompent pas ») qui a joué un rôle primordial dans la protection du bassin versant de Capilano, et a ouvert les yeux de nos représentants locaux sur les dangers de l’exploitation du bois dans les bassins versants.

Il est essentiel que nos enfants apprennent à préserver cet héritage pour leurs successeurs; en célébrant chaque année la Journée de l’arbre, nous laisserons un impact durable dans leur mémoire. Les besoins d’une ville ne devraient jamais dépasser la capacité de production de son bassin versant, et tout danger menaçant nos ressources en eau représente également une menace grave pour la ville de Vancouver.

Un autre point important à considérer est l’impact de la Journée de l’arbre sur la communauté. Lorsque des personnes se réunissent pour défendre une cause, il se créé entre eux des liens presque fraternels; jeunes et vieux se retrouvent pour travailler ensemble dans un but commun; l’on oublie les différences de classe, de religion ou d’affiliation politique. Les plantations et améliorations apportées aux boulevards rappelleront à nos enfants l’importance de préserver la beauté de notre environnement, et les aideront à développer leur sens de l’esthétique et de la responsabilité.