« Travaux de la Natural History Society liés au développement de la cité »
Auteur J. DAVIDSON, F.L.S., F.B.S.E
Discours présidentiel à la Vancouver Natural History Society (VNHS)
Session 1918-1919
Le 28 septembre 1918
Nous sommes à présent membres d’une société d’histoire naturelle à part entière et c’est pour moi un honneur de prononcer le premier discours présidentiel; j’avoue cependant avoir eu beaucoup de mal à choisir un sujet de discussion approprié pour cette réunion. J’ai considéré plusieurs sujets relatifs à la botanique et la zoologie, qui, je le crois, auraient pu vous intéresser, mais il me semble plus important de vous présenter ce soir les grandes lignes du travail qui nous attend et de discuter de la relation entre ce travail et d’autres activités civiques et éducationnelles qui pourraient être entreprises par nos membres.
Quelle que soit votre expertise professionnelle, vous serez en mesure de contribuer à notre entreprise; nous ne recherchons pas uniquement l’aide de naturalistes chevronnés; vos encouragements et votre soutien suffiront, nous l’espérons, à faire naître chez l’un de vos proches l’enthousiasme qui lui permettra de se distinguer dans un domaine des sciences naturelles.
Dans le passé, une société d’histoire naturelle était considérée comme un lieu de rendez-vous pour des messieurs âgés et quelque peu excentriques, qui collectionnaient des fossiles, pierres, insectes et plantes jusqu’à ce que ces derniers soient rongés par les mites et la moisissure; toute personne adhérant encore aujourd’hui à ce point de vue est en retard de 25, voire 50 ans sur son temps, et se joindra rapidement, dans l’esprit des autres, à ces vieux messieurs excentriques qui ne s’intéressent aucunement à l’étude de la nature.
La définition moderne d’un naturaliste est bien plus vaste, et inclut tous ceux qui étudient les principes de la vie et les facteurs qui l’influencent. Le botaniste n’est plus simplement un chercheur qui étudie les plantes déshydratées; il mène ses activités sur le terrain aussi bien que dans un laboratoire et étudie la relation entre les plantes et leur environnement, le sol, le climat, l’exposition, et d’autres facteurs qui influencent leur croissance.
Le zoologiste, lui non plus, ne capture plus simplement les animaux pour les tuer, les répertorier et les empailler ou les ranger dans des casiers. Au contraire, l’étude de leurs habitudes, de leur passé, des techniques employées pour se nourrir, et de leur faculté d’adaptation aux changements de leur environnement, sont des thèmes bien plus fascinants que l’étude de leurs cadavres.
Tous ceux qui étudient la vie en général constateront qu’elle est composée de deux phases ou périodes; la première est une phase d’avancement matériel, qui bénéficie principalement à l’individu concerné, et la deuxième une phase de partage généreux, destinée à bénéficier aux autres.
L’embryon de la plante se nourrit de nutriments stockés dans la graine; les racines et feuilles se développent rapidement et absorbent un maximum de nutriments, bien plus qu’il n’en faut en réalité à la plante pour assurer sa santé; ceci est en fait, une préparation à la phase suivante : le partage. Les nutriments, absorbés et stockés avec tant d’avidité pendant la première phase, sont à présent partagés avec de nombreuses autres plantes, au profit des générations futures. La tâche de la plante est terminée, elle fane et meurt, mais elle laisse derrière elle un héritage précieux.
Ces deux phases sont particulièrement bien illustrées dans la vie d’un papillon. Nous avons d’abord la chenille aveugle, rampante, vorace, à l’apparence d’un ver, dont le seul objectif est de dévorer avec avidité tous les aliments disponibles, jusqu’à ce qu’elle ait mué plusieurs fois avant le début de la deuxième phase. Elle se transforme ensuite en un superbe papillon, capable de voir et de voler vers les cieux, qui profite de chaque rayon de soleil, et contribue à la croissance de nombreuses plantes, en transportant le pollen de fleur en fleur, jouant ainsi un rôle clé dans l’épanouissement d’innombrables autres créatures. Un papillon ne vit quelques jours, mais pendant sa brève vie, il aura contribué à la pollinisation de nombreuses fleurs et aura assuré, de son mieux, l’épanouissement de générations futures en déposant ses œufs sur les plantes les plus appropriées. Le papillon meurt, mais il n’aura pas vécu en vain.
Ces deux phases sont également illustrées dans la vie de tout être humain normal. Je précise « normal », car certains d’entre eux n’atteignent jamais cette deuxième phase. Cette remarque ne vise en aucun cas uniquement les personnes d’origine écossaise; elle concerne des personnes de toute nationalité.
Un enfant en bas âge éprouve des besoins constants. À deux ou trois ans, il touche à tous les objets à sa portée, et se met à pleurer si on le contrarie. Certains ne dépasseront jamais ce stade; tout au long de leur vie, ils n’auront à cœur que leurs intérêts et bien-être personnels.
Il est donc naturel que la première partie de la vie soit vouée à l’épanouissement personnel de chacun, que ce soit d’un point de vue physique, mental, au niveau de l’éducation et de l’expérience, pour pouvoir ensuite profiter pleinement des joies et privilèges implicites à la deuxième phase, une phase de partage généreux qui promeut le bien-être et l’épanouissement des générations futures.
L’étude de l’origine et du développement de villes que nous admirons nous montre qu’elles aussi, sont passées par les mêmes phases d’évolution que nous retrouvons au sein de la nature.
Lorsque les pionniers s’installèrent sur la côte sud de l’anse Burrard, ils ne construisirent pas immédiatement une galerie d’art et de sculpture, ou un collège technique. Ce genre d’institutions n’a pas sa place dans la première phase de la création d’une ville, où toute tâche entreprise doit contribuer à l’avancement matériel, comme il se doit d’être dans l’ordre naturel des choses. Mais petit à petit, une évolution se fait, et les besoins de base des habitants, à présent comblés, font place à des entreprises plus sophistiquées. C’est ainsi que nous assistons au développement de la vie civique, et à la création de diverses institutions destinées au bien-être des générations futures; le prestige d’une ville dépend d’ailleurs très souvent du nombre et de la qualité de telles institutions.
New York, Londres, Glasgow, Paris, ainsi que d’autres villes de renommée mondiale offrent toutes des bibliothèques publiques, des musées, des galeries d’art, des jardins zoologiques et botaniques, des universités et d’autres institutions éducationnelles, qui ont toutes largement contribué à leur renommée; la différence entre ces institutions et celles de la ville de Vancouver réside cependant dans le nombre de citoyens ayant atteint la deuxième phase de leur vie, la phase de partage généreux. Un grand nombre d’habitants des villes nommées précédemment ont généreusement fait don de leur temps, de leur expertise et de capital financier pour contribuer à l’épanouissement de la communauté. Leurs noms resteront gravés pour longtemps dans nos mémoires grâce aux bâtiments et collections qu’ils ont aidés à établir.
Depuis quelques années, nous avons entamé la première phase et avons commencé à ériger nos plus grands édifices dans le but d’assurer le bien-être matériel de chaque habitant. Mais, mis à part nos écoles et nos hôpitaux, notre ville possède-t-elle vraiment des institutions dignes d’être montrées à nos visiteurs ?
